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Les psaumes laudiques

Place liturgique –Prophète David

Dans l’office dit « byzantin », en fait palestinien (issu de la laure de Saint-Sabas en Palestine), on appelle « laudes » la fin de l’office de matines (ou « orthros », « utrenie » en slavon et en roumain), juste avant la grande ou petite doxologie (le « Gloria »). Dans l’office latin traditionnel (bénédictin ou romain), un office distinct, organisé autour des psaumes laudiques, était appelé « laudes ». Les psaumes qui forment ce groupe – 148, 149 et 150 – concluent le volume des psaumes placés sous le patronage de David. Ils sont universellement, dans toutes les traditions liturgiques, à cette place, qui vient du culte synagogal (Baumstark, « Liturgie comparée », la prière matinale du sabbat, Chevetogne, 1953, p. 42).

Place dans le psautier

Il existe quantité de psaumes de louange, par exemple le grand psaume 117. Les trois psaumes « laudiques » sont une synthèse de toute la louange biblique et psalmique. La louange est la forme naturelle de la prière. L’intercession ou la supplication, à plus forte raison la prière de pénitence (psaume 50), sont liés à la chute. La louange est à la fois la forme paradisiaque de la prière, et la forme que celle-ci doit revêtir dans le Royaume,  dans le monde qui vient. Elle exprime la béatitude des saints et la participation à la célébration angélique. Elle est organiquement liée à la connaissance de Dieu et de ses bienfaits. Ceux-ci se rapportent au premier degré de la louange ; un deuxième degré consiste à remercier le Seigneur de nous avoir donné de le connaître ; le troisième et suprême registre de la louange consiste à louer Dieu pour lui-même. Ce stade est proprement divin, car les Personnes ou Hypostases ne font pas autre chose que de se rendre hommage l’une à l’autre, de façon totalement gratuite. C’est ce qui apparaît dans le baptême du Fils de Dieu au Jourdain : le ciel s’ouvre pour révéler en une zone supra céleste et méta spatiale comment le Père glorifie le Fils.

L’accomplissement de l’homme

Pour cette raison, saint Grégoire de Nysse dit que le psautier (qui commence par « bienheureux l’homme qui ne s’en est pas allé au conseil des impies » et s’achève par la louange la plus pure) décrit l’ascension et l’évolution de l’homme vers Dieu et en Dieu. La vision biblique de l’homme est une vision évolutive. Le psautier décrit ainsi le suprême bonheur que peut connaître la créature, la célébration de la louange divine, la transfiguration de l’existence en perpétuelle célébration, ce qui est, selon saint Jean Chrysostome, le ministère le plus haut. Cette jubilation atteste le passage de l’image à la ressemblance divine. L’homme devient alors tout entier Esprit, selon saint Hilaire de Poitiers (et saint Irénée), ce qui ne signifie pas la désincorporation ou de la désincarnation de l’homme (suivant une vision purement spiritualiste) mais, bien au contraire, la déification de la chair. L’homme, déifié corps et âme, est l’homme accompli : la grâce initiale de l’Esprit (Gen. 3) prospère dans une spiritualisation (« pneumatisation ») totale. L’homme devient par grâce ce que Dieu est par nature.

Les thèmes

Le psaume 148 a pour thème principal l’universalité de la connaissance de Dieu et de son expression par la louange ; cette universalité a une dimension cosmique (Hilaire). La nature et la culture ne s’opposent : le monde entier est compris (Justin, Irénée) comme une musique dont l’artiste est Dieu. Cela veut dire (Jérôme) que la seule nature ne suffit pas à la louange : du point de vue écologique, la destruction des parties de la création (forêts, eau, etc.) a pour conséquence un appauvrissement de la louange apportée au Créateur. C’est le péché écologique le plus grave.

Le psaume 149 exprime le thème d’Israël , l’Église, peuple de Dieu, défini comme « le peuple qui s’approche de Dieu » (148 v.14), c’est-à-dire qui répond à l’appel divin. L’Église/Israël est appelée « assemblée des saints », « peuple », saints dont la fonction prophétique consiste à reprendre avec le glaive de la Parole tous ceux qui commettent l’injustice et contredisent ainsi la volonté de Dieu. Car Dieu ne veut pas l’exploitation de l’homme par l’homme.

Le psaume 150 définit la louange comme liturgique, nommant les instruments propres au culte d’Israël. Selon les saints Pères, l’homme lui-même, renouvelé par la connaissance du Christ nouvel Adam, et immergé en lui, porte en personne, par son corps, son intelligence et sa voix, la louange qui revient à Dieu. L’instrumentalité en général, les outils, les armes, appartiennent au monde déchu. Désormais, devenu temple du saint Esprit, l’homme devient lui-même « cymbale de jubilation », « harpe », et « cithare ». La tradition apostolique et patristique a exclu les instruments du culte d’Israël renouvelé. Dans notre monde hyper instrumentalisé et technologique, ce message sonne comme une prophétie.

Bien entendu, ces thèmes articulent continuellement celui, majeur, de la louange. En fait, nous comprenons que toute la vie de baptisé consiste à actualiser notre capacité naturelle de louange c’est-à-dire de connaissance de Dieu : être « reconnaissant », cela veut « connaissant ». L’expérience biblique est, non pas celle de la religion prise comme fin en soi, mais celle de la connaissance parfaite de la vérité.

(catéchèse des adultes, paroisse SGSC. 3.2.16)