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Le Carême et la guerre

Souffrances des hommes

Nous sommes engagés dans le parcours béni du saint et grand Carême : restauration de la vie paradisiaque, acquisition du repentir, renouvellement en nous de la grâce du saint baptême – nous nous occupons de notre âme et de notre Salut. Simultanément, nous sommes entourés de bruits de guerre (cf. Mat. 24, 6) et, par les médias, nous sommes informés des conflits et des souffrances qui tourmentent les hommes, notamment, mais pas uniquement, dans le Moyen Orient. Notre vie appelée « spirituelle », notre luxe liturgique, ne peuvent être confortables et égoïstes. Ils sont défiés par les cris de nos frères et de notre prochain : cris de haine et cris de douleur. Comment rester insensibles à cela ? Comment, même, ne pas être sollicités par des questions – toujours les mêmes, toujours nouvelles – : où est Dieu dans tout cela ? Que fait-Il ? Pourquoi laisse-t-Il faire (Ps. 43, 23-24)? L’apparente ou spectaculaire permissivité divine peut nous ôter jusqu’au sommeil…

La guerre intérieure

Mais le Carême est un temps de guerre. L’ensemble de notre vie chrétienne est souvent décrite par l’apôtre Paul (Rom. 15, 30 ; 1 Ti. 1, 18 ; 2 Ti. 4, 7) comme une lutte pour l’acquisition du Royaume en dépit des attaques incessantes qui nous viennent de l’Ennemi et de ses « légions » (Marc 5, 9). Tournons nos regards à l’intérieur de nous-mêmes et nous verrons que nous sommes un vrai champ de bataille ! Nos passions, nos péchés nous font la guerre. Et ces passions sont les mêmes que celles qui inspirent les conflits extérieurs, les horribles déchirements fratricides (2 Ma. 5, 6 ; Is. 19, 2). La violence de certains textes de la Semaine sainte, qu’on ne peut pas toujours édulcorer, traduit de façon insupportable l’affrontement intérieur dont l’Innocent est le prix (Apoc. 17, 14). Et la seule paix est donnée par l’Agneau (Jean 14, 27). En livrant une guerre sans merci à nos impuretés et à nos péchés, comme le font les grands ascètes dont ont fait mémoire le samedi qui précède le Carême, nous luttons pour la paix en nous-même et dans le monde, puisque les adversaires sont les mêmes – convoitise, pouvoir, amour égoïste du plaisir… Par le Carême, le chrétien se fait violence à lui-même et dirige ainsi contre soi la violence du monde.

La permissivité divine

Le scandale d’un silence ou d’une absence de Dieu est pour qui n’a pas d’oreilles. Un des enjeux du Carême est d’acquérir la vision (cf. le Triode) et l’ouïe de Dieu. Le Seigneur ne promet pas seulement la vision de sa gloire ; Il propose d’être vu par le saint Esprit dans toute son humiliation, dans son tourment et dans la mort-même dont Il veut mourir. Soit il n’y a pas de Dieu. Soit il y a un Dieu, cruel et méchant, ou indifférent. Soit il y a un Dieu souffrant, un Amour et une Sagesse qui souffre en ceux qu’on torture et qui donne sa vie en ceux à qui on la prend. Loin d’abandonner les hommes, Il crie en ceux qui crient (Pr. 1, 20 ; Matt. 27, 50 ; Héb. 5, 7). Mais le Vendredi saint n’est pas le dernier mot de l’Histoire…