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Créativité et tradition

L’iconographie –

Le domaine de l’icône est celui où la problématique de la créativité se pose de la façon la plus intéressante. La vie du saint Esprit dans l’Église se manifeste par la reprise des formes iconographiques anciennes (le Christ, la Mère de Dieu, les fêtes) d’une façon renouvelée : la cohérence avec la Tradition est parfaite et, en même temps, on voit que l’iconographe a vu le mystère de façon personnelle ; on voit que cet iconographe vit dans l’Église et qu’il est, pour cette raison, vivant lui-même. L’extraordinaire variété de l’iconographie de l’hospitalité d’Abraham, à travers les époques, les cultures et les écoles, le montre bien. Loin d’une simple reproduction, d’un « copié-collé », l’icône atteste la rencontre nouvelle dans l’Esprit saint de l’iconographe avec le Christ, la Mère de Dieu, le saint ou la fête liturgique qu’il fait apparaître. C’est la raison pour laquelle des reproductions photographiques ne peuvent être bénies dans l’Église : elles n’attestent d’aucune créativité.

L’Esprit saint se manifeste également par le discernement. Par ce charisme, l’iconographe est gardé à la fois de l’imitation servile et stérile, et de l’innovation ou de l’arbitraire qui font sortir du grand courant de l’Église ou même s’égarer dans l’hérésie. Le discernement est au service de la confession de la vraie foi par l’icône et il guide également le juste équilibre entre émotion, sensation, ressenti charismatique et pensée. Le sentimentalisme, le réalisme ou la froideur intellectuelle de l’allégorisme sont écartés par la bienveillance de l’Esprit saint. Toutefois, ces icônes seront vivantes : ce sont toutes des icônes qui n’ont jamais existé auparavant.

La créativité se voit enfin par l’apparition de types iconographiques nouveaux, en particulier la présentation de saints moins connus. En France, on sait que de nombreuses icônes ont été peintes en l’honneur des saints orthodoxes locaux : sainte Geneviève, saint Martin et bien d’autres. Une belle icône de saint Cloud a été offerte par l’Église orthodoxe à l’église de Saint-Cloud.

Poésie liturgique

Il en est de même pour la créativité poétique et hymnographique dans l’Église. A chaque époque, des hymnes nouvelles ont été composées. En particulier, le nombre d’hymnes acathistes écrites dans les divers pays orthodoxes est impressionnant. Ces créations hymnographiques coïncident souvent avec la nouvelle canonisation d’un saint – hymne acathiste à saint Silouane – ou au souhait d’honorer un saint local – acathiste à sainte Geneviève, à saint Hervé.

La paroisse Saint-Germain-et-saint-Cloud a, pour solenniser le 40ème anniversaire de sa fondation, produit cette année l’office complet pour ses deux patrons. Une brochure est parue contenant les offices de vêpres, de matines et le propre de la divine liturgie, ainsi que l’acathiste, et cela pour chacun des deux grands chrétiens de l’époque mérovingienne. Ces compositions sont anonymes, comme l’icône elle-même n’est pas signée. La Tradition signifie par-là que la créativité dans l’Église est l’œuvre du saint Esprit. Le livret peut être commandé à l’adresse de cette église 21, rue de Montbuisson 78430 Louveciennes ou sur le site sagesse-orthodoxe.fr. L’intérêt de ces compositions est évidemment d’honorer les saints orthodoxes locaux et d’exhumer toujours les racines vraiment traditionnelles du christianisme occidental.

Vie chrétienne et inspiration créatrice

Ceci est le titre de la dernière livraison de « Buisson ardent. Cathiers Saint-Silouane-l’Athonite » n°23 (Diffusion Cerf, Paris, 2017). Notre attention a été attirée par l’article « Icône, créativité et liberté », de Sœur Gabriela (p. 20). Quand on parle de liberté, dans l’Église, il ne s’agit jamais de caprice ou de fantaisie, de faire sa propre volonté. La liberté, et la liberté créatrice tout particulièrement, se trouve dans l’obéissance sans contrainte à la volonté divine par amour pour elle. En ce sens, le Oui est créateur, dans la mesure où il est la réponse à la créativité divine.