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Lettre pastorale de S.E. le métropolite Joseph – Noël 2017

“L’amour salvifique du Christ !” –

Révérends et très révérends Pères, Chers Frères et Sœurs dans le Seigneur,

 “Joseph monta depuis la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s’appelle Bethléem en Judée… avec Marie, son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva : elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une grotte, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes. » (Luc 2, 4-7)

Alors que nous approchons par le cœur le mystère de la Nativité du Seigneur, nous rencontrons, en plus de la cité tellement inhospitalière de Bethléem, la solitude de Jésus, l’Enfant, au milieu de l’humanité pour laquelle Il venait au monde pour la sauver. Tellement seul et oublié par tous ceux qui auraient dû Le voir et L’accueillir ! Ainsi faisons-nous aujourd’hui nous aussi, nous L’oublions tout seul dans sa crèche de jadis. Nous ne Le voyons plus, derrière nos préoccupations « festives » comme on dit, derrière les montagnes de nourriture et de boisson préparées plus ou moins pour sa venue. Nous pouvons presque nous reconnaître tous dans cette dernière image du profiteur de la pauvreté de Celui qui s’est fait pauvre pour nous de façon matérielle et terrestre, pour nous enrichir de ce qui est céleste et impérissable. Qui peut guérir la cécité intérieure qui nous empêche de voir la vérité cachée dans la crèche de Bethléem à cause de la quantité de bien-être matériel et surabondant de ce monde ?

Dans la grotte, le Sauveur est déjà venu à la rencontre de notre solitude, enfantée et enracinée dans la nature humaine par le péché, et Il l’a prise et l’a faite sa propre solitude et Il l’a conduite « toujours plus grande jusqu’au Golgotha ».

La ville – que beaucoup d’entre nous ont réellement vue au cours des pèlerinages que nous faisons en Terre sainte – l’a reçu, non dans ses belles maisons, mais dans l’étable des animaux sans raison. Nous comprenons que Dieu en venant vers les siens, chez les siens, revit la solitude que l’homme lui-même vit dans le tumulte de la vie et du monde. L’homme a choisi de rester seul,  dès qu’il a refusé d’écouter le commandement de Dieu, quand il s’est isolé dans sa propre volonté et son propre désir et a refusé ainsi de communier avec Dieu en écoutant sa volonté. Il  revit également la solitude et le refus de l’amour de l’homme par l’homme, et de Dieu par l’homme.

Chers fidèles,

Malgré l’hostilité humaine, l’héritage que nous avons de nos ancêtres Adam et Ève, l’Enfant Jésus le transforme en bénédiction par son incarnation de la Vierge, pour rencontrer l’homme face à face et annoncer la bonté et l’amour de Dieu le Père pour l’homme et pour le monde entier. Dans la grotte des animaux de Bethléem, le saint Enfant transforme l’hostilité et l’inimitié du monde  en amitié, par la venue des mages venus des peuples étrangers ! La solitude de l’homme, Il l’a changée en communion du ciel et de la terre par la venue des anges et des bergers ! La cécité spirituelle du monde, Il l’a changée en vision des réalités célestes par l’ouverture des cieux qui laissaient voir les armées angéliques célébrant la gloire de Dieu emplissant la terre ! La peur, Il l’a changée en joie par la lumière de l’étoile qui accompagnait les mages jusqu’au lieu de la Nativité et annonçait à toute la création la venue du Roi ! La mort, Il l’a vaincue par la vie, en s’incarnant, Vie en Personne, de la Vierge, la nature humaine assumant en elle-même son Créateur ! Quoique l’homme l’ai laissé seul, « Dieu a mis à côté de Jésus toute l’humanité, grâce à sa Mère, la très pure Vierge Marie ».

Quand Dieu façonna l’homme, Il n’avait pas d’autre motif que sa bonté et son amour pour lui. « La perfection de sa bonté, écrit saint Grégoire de Nysse, consiste [pour Dieu] à faire passer l’homme du non être à l’être et à ne le priver d’aucun bien… ce qui équivaut à dire : Il a rendu la nature humaine participante de tout bien » (La Création de l’homme, Cerf, 2002, p. 156-157).

Si Dieu nous a faits participants de tout bien, cherchons à vivre à toute heure en accomplissant le bien. Nous avons évoqué la solitude et l’oubli dans lesquels fut laissé l’Enfant Jésus dans la grotte de Bethléem. Si nous l’évoquons, n’est-ce pas le cas de penser également à la solitude de ceux que nous avons abandonnés ou que nous avons laissés seuls en partant pour des pays étrangers ? Je voudrais vous rappeler ici à nouveau une attitude qui est celle de beaucoup d’entre nous, et qui fait un grand mal à nos familles aujourd’hui. Combien d’entre nous ont abandonné leurs parents âgés, et les ont laissés seuls ! Combien d’entre nous ont abandonné leurs enfants, les laissant pendant des années aux soins des grands-parents ou aux soins d’autres parents ou proches ! Il y a des centaines de milliers d’oubliés ou d’abandonnés. La froide indifférence à ceux qui les ont mis au monde ou à ceux qu’ils ont mis au monde, engendre l’oppression de la solitude et le sentiment de l’abandon. Le seul souci du gain et du confort est bien souvent plus fort que l’amour des parents. Si Dieu le Père ne nous a pas abandonnés dans notre péché et notre faiblesse, et a envoyé son Fils, dans la solitude de la grotte des animaux sans raison ou dans les épreuves du désert de la Quarantaine, prenons conscience !

“Dieu est amour” (1 Jn 4, 8) et demeure la source de l’amour, et toute son œuvre, pour l’homme et avec l’homme, Il l’accomplit par amour, pour nous faire croître nous aussi dans l’amour. Nous affirmons notre foi, nous la manifestons souvent en parole. Mais « celui qui aime Dieu ne peut pas ne pas aimer également chaque homme comme lui-même, quoiqu’il ne jouisse pas des passions de ceux qui ne sont pas encore purifiés. Aussi, quand il voit leur conversion et leur relèvement, il se réjouit d’une grande et indicible joie » (saint Maxime le Confesseur, Philocalie 2, Bucarest 1993, p. 63)

Dieu ne nous abandonne ni ne nous laisse seuls ni dans le péché ni dans notre faiblesse, et Il nous accompagne avec son amour et son appel, comme a accueilli de nouveau le fils prodigue dans son amour, le père bienheureux dont le fils est revenu de son égarement. Pour nous, fils égarés depuis l’ancien Adam, le Père céleste envoie son Fils en personne, qui se fait notre Frère, pour ne pas nous laisser seuls sur la route du retour ; pour nous montrer la voie et nous sauver. Rappelons-nous la parole du Sauveur qui se rapporte directement à lui et qui nous décrit la relation de Dieu le Père avec nous, les hommes : « Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui, au lieu de périr, ait la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pour juger le monde, mais pour le sauver par lui. » (Jn 3, 16-17)

Bien aimés Frères et Sœurs dans le Seigneur,

“De même que le souvenir du feu ne réchauffe pas le corps, de même la foi sans l’amour n’opère pas dans l’âme l’illumination de la connaissance » – nous dit saint Maxime le Confesseur (saint Maxime le Confesseur, Philocalie 2, Bucarest 1993, p. 65).

Et « les fruits de l’amour consistent – nous dit-il encore – à faire du bien au prochain de tout notre cœur, à être infiniment patients, à faire preuve d’indulgence et à user des créatures avec discernement » (p. 66). Seuls et éprouvés par toutes sortes de tentations, pèlerins en cette vie donnée par Dieu, dans notre quête du Christ né dans la grotte de Bethléem, ne nous égarons pas dans ce qui est mondain : nourriture, boisson, cadeaux, vêtements, dans une sorte de « désir de fête ». Dans le don de la sainte et divine liturgie, Dieu le Père nous apporte le Christ du passé, du présent et de l’avenir. Enfant délicat, vulnérable, né dans la pauvreté, Il cherche notre âme seule et pauvre de lui, jeûnant, orante et chercheuse de lui ! Il cherche notre âme solitaire pour la conquérir par son amour, par sa fraternité, par sa simplicité, par la lumière par laquelle Il illumine l’esprit de celui qui cherche à le connaître et à l’accueillir !

À tous, je vous souhaite, maintenant, à l’heure de la fête, que la lumière du Christ jaillie de la grotte de Bethléem illumine vos cœurs et vous apporte le don d’un retour incessant vers le Sauveur, la paix et la confiance, la bonté et l’amour, l’aspiration à tous les actes qui sauvent !

Que la nouvelle année soit pour vous une année bénie !  Bonne fête !

Votre intercesseur en tout bien devant le Christ notre Seigneur,

+ Métropolite Joseph

> à télécharger : PASTORALE NATIVITE 2017