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Le dimanche du Pardon : Matthieu 6, 14-21.

Le jeûne secret –

L’enseignement de Jésus Christ en ce qui concerne le jeûne en souligne le caractère « secret ». Est-ce à dire que nous devons nous cacher pour jeûner ? Serait-ce une forme d’hypocrisie, après tout. En fait, tout ce que nous faisons d’important, c’est devant Dieu et pour lui que nous le faisons. Le jeûne est l’oblation de notre cœur, un sacrifice intériorisé. Nous immolons par amour pour notre Père céleste toutes les convoitises de ce monde, et même les appétits les plus légitimes. Cela se passe entre le Père et chacun de nous. Nous ne jeûnons pas pour les hommes. Nous jeûnons pour Dieu, pour cultiver la faim et la soif que nous avons de sa parole.

La soif de Dieu

Nous voulons nous nourrir du Pain de vie qui n’est autre que le Fils bien aimé du Père ; nous voulons nous désaltérer au breuvage mystique que le Père a préparé pour chacun de ceux qui croient en lui, en son Fils et en l’Esprit dont Il est la source unique. Quel est ce breuvage ? Mais : le Sang très pur et très précieux de son Fils ! De toute éternité, le Père a préparé le banquet mystique du Corps et du Sang du Verbe pour ceux qui, effectivement, se préparent à ce régal dans l’Esprit en consacrant tous leurs désirs à l’offrande que le Père fait de son Fils. Nous apprenons à n’avoir faim que de celui-ci, à n’avoir soif que de lui, de sa sagesse, de sa miséricorde, de son amour. Le jeûne est une consécration intérieure de soi à l’offrande préparée par le Père. Je ne veux avoir faim ni soif de rien d’autre que de ton divin Fils ! Donne-moi, Père céleste, cette nourriture divine ! Le jeûne n’est pas seulement, négativement, une façon de renoncer à des besoins méprisables.

La consécration de soi

Il est positivement cette consécration de chacun de nous au Père qui voit dans le secret. La pratique rigoureusement communautaire du jeûne est fondée sur la communion exclusive de chacun avec le Père des cieux. L’ascèse du jeûne et de l’abstinence est une culture de la faim et de la soif de Dieu. Elle est également une culture de la joie. Celui qui renonce, pour un temps ou pour toujours, aux biens légitimes de ce monde – sans parler, bien sûr, des biens illusoires, des passions et des péchés -, celui, donc, qui retranche des biens véritables, bons et beaux ; des plaisirs très sains, des formes de bonheur naturelles et innocentes, le fait pour plusieurs raisons.

Pourquoi jeûner ?

D’une part, il aspire à satisfaire la tendance naturelle au plaisir par des formes supérieures de jouissance ; d’autre part, il ne veut recevoir ce qui est bon, vrai et beau que du Seigneur, et de personne d’autre, et ne trouver sa joie qu’en lui. Enfin, l’essentiel du jeûne et de l’abstinence consiste à être mû par un amour immense pour le Donateur, une préférence exclusive du Donateur à ses dons. Saint Jean Chrysostome le dit magnifiquement : « Telles sont les âmes des saints. Les bienfaits venant de Dieu leur causent moins de joie que le Bienfaiteur Lui-même : ils ne L’aiment pas pour ses bienfaits, ils aiment ses bienfaits à cause de Lui ». Notre jeûne est secret, belle histoire d’amour avec le Seigneur.

Une histoire d’amour

La civilisation biblique a forgé, siècle après siècle, pour culminer sur la Croix d’amour, la culture de l’amour parfait et désintéressé ; celle de la gratuité d’une adoration pure offerte à la Personne divine, Fiancé et Époux de l’âme, ou plutôt : de la personne humaine. L’expérience du jeûne est universelle ; elle est indispensable à l’authentique expérience religieuse et mystique. Pour les membres du Peuple de Dieu, elle est liée au grand amour partagé, quand le Christ, pour lequel tu es tout, devient véritablement tout pour toi. Si tous les chrétiens du monde jeûnent pendant ce Carême, l’univers sera irradié des insondables énergies de l’amour divino humain, déversées spontanément vers le prochain et sur le monde entier.

(Radio Notre-Dame. « Lumière de l’Orthodoxie » 18 février 2018)