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Le 4ème dimanche après la Pentecôte : Matthieu 8, 5-13.

Le péché de lassitude – 

Nous sommes entrés dans la série des enseignements du Fils de Dieu, pendant le temps qui suit la Pentecôte, le temps le plus long de l’année liturgique, et qui constitue, à lui seul un cycle complet. Année après année, on entend les mêmes évangiles, en suivant la grande roue du temps ecclésiastique. Un sentiment de répétition, qui engendre l’ennui et la torpeur de l’âme, naîtrait de notre négligence. Sommeillons-nous spirituellement ? – tout peut être pour nous répétitif et sans saveur : l’aube et le couchant de chaque journée que Dieu fait, le chant des oiseaux, la famille et le travail, les obligations sociales et religieuses – aller à l’église le dimanche ! – quelle monotonie, si nous ne gardons pas notre esprit et notre cœur des pièges de l’ennemi.

L’Esprit renouvelle tout

Le visage lui-même de nos enfants et de notre conjoint, si nous n’y prenons garde, pourrait bien nous laisser indifférents, ou, pire, nous lasser. On peut se lasser d’aimer, perdre l’enthousiasme : la fatigue de l’âme est, selon certains Pères, l’origine du péché. Te fatigues-tu d’aimer ? – la moindre pensée peut te faire douter. Réveillons-nous au contraire ! Secouons la poussière de nos yeux ! Débouchons nos oreilles ! Soyons attentifs pour écouter le saint Évangile ! L’Esprit saint qui agit toujours pour notre Salut veut nous faire entendre tel passage évangélique pour la première fois.

Le centurion théologien

Ce centurion si sympathique a pour nous un message de son Seigneur. Il l’appelle « Seigneur » ; en grec, le mot Kyrie peut vouloir dire simplement « Monsieur » ; en hébreu, il s’entend comme Adonaï – c’est le nom divin ! Seigneur est celui que le centurion contemple ; Seigneur et Maître du monde, Celui qui, d’une parole, accomplit sa volonté – qui crée par la parole. Ce centurion est un bon théologien, quoiqu’il n’ait pas été dans des écoles rabbiniques, étant probablement païen. Il est un grand théologien. Il sait que le monde n’est pas gouverné par le hasard ou la nécessité. Il sait que l’univers a un chef, que les armées angéliques ont un général, que le monde a un roi.

Hasard, nécessité…

L’essentiel de notre vision du monde est ici. Soit ce qui se produit chaque jour, agréable ou désagréable, est complètement aléatoire, c’est une affaire de chance ou de malchance, bonheur ou malheur ; soit c’est le résultat d’une causalité inéluctable, d’une nécessité incontournable, d’un déterminisme universel ; soit il y a, en fait, Quelqu’un : une sagesse, une présence, un amour plein de rationalité bienveillante, une identité consciente et créatrice pour le bien des hommes, des animaux, des plantes, du ciel et de la terre. Le centurion a une certaine image de Dieu. Pour lui, le monde n’est pas absurde ; ce que l’homme vit n’est pas livré à la chance ou au hasard : l’existence ne se tire pas au sort comme un lapin du chapeau ou ces poissons rouges que l’on gagne à la fête foraine. Le monde n’est pas une vaste foire, un qui-perd-gagne gigantesque, un loto géant.

La Seigneurie

Non : pour le centurion, comme pour un homme de bon sens instruit par l’Esprit, le monde, notre existence, l’univers et toutes les créatures qu’il contient, la vie et la mort, la santé et la maladie, ont un Seigneur et un Maître, qui ressemble assez, dit le centurion, à un général auquel les armées obéissent. Adonaï, Roi des rois, Seigneur des armées célestes et de toutes les puissances angéliques, viens à notre aide !, « parle d’une parole ! », dit le centurion, car nous ne sommes pas des amas de cellules grouillant sur le sable : nous sommes les sujets de ton royaume, petits certes comme des microbes, mais habités par la conscience qu’il existe un Roi pour le Royaume de ce monde et pour le Royaume des cieux !

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », 2 juillet 2017)