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L’après-fête de la Croix : Marc 8, 34-9, 1 (n. trad.)

L’emblème de la libertéCroix orthodoxe –

Dimanche dernier et ce dimanche d’après fête embrassent la sainte et vivifiante Croix. La Croix est au centre du calendrier liturgique, comme elle est au centre de l’histoire universelle et de la création tout entière. Tout conduit à elle ; tout découle d’elle. Une de ses faces est la mort volontaire ; l’autre est celle de la vie éternellement aimante. Mais la Croix est également l’emblème de la liberté de l’homme, comme l’enseigne Jésus Christ en ce jour. Elle n’est pas un symbole magique agissant par lui-même. Elle est le Salut de celui qui « veut » suivre le Ressuscité ; qui « renonce à soi » ; qui « porte sa croix » et qui « suit » Jésus. La vie dans le Christ, la vraie vie, la vie vivante, est liberté.

Union des volontés divine et humaine

Saint Maxime le dit : ceux qui sont sauvés, sont ceux qui le veulent. C’est pourquoi toute la tradition de l’Église, en particulier sa tradition ascétique, apparaît comme une pédagogie de la liberté créée, une méthode pour éduquer la volonté, pour libérer la liberté captive du péché et des passions. Loin d’un moralisme, la vie en Christ initie à la liberté conjuguée avec la liberté divine ; elle est l’expérience de la volonté humaine unie autant que possible à la volonté divine. Aussi l’expression « porter sa croix » se traduit-elle « que ta volonté soit faite ». On expérimente l’union des deux volontés humaine et divine, c’est-à-dire le mystère insondable du Fils.

Le sacrifice de soi

Cela voudra souvent dire mourir volontairement, renoncer à soi, à la satisfaction de sa volonté propre, à ses caprices. Tu es prêt à sacrifier ta vie pour faire plaisir à celui ou celle que tu aimes. C’est un choix plein d’amour car la vie ne consiste pas à subir. Celui ou celle qui « porte » sa croix la choisit, la saisit courageusement et avec la folle confiance que Dieu est fidèle, c’est-à-dire digne de la confiance folle que nous lui faisons, parce qu’Il aime. En prenant et en portant ta croix, tu vénères la croix que le Seigneur te tend, cette croix en forme de main tendue, de main qui bénit, qui réconforte : celle qu’on saisit pour se hisser dans le train du Salut.

La main tendue par Dieu

Nous embrassons cette main : le Ressuscité la tend à Adam et Ève, sur l’icône du grand Samedi. La Croix est la main tendue de Dieu. Le Christ l’ouvre au fils de la veuve de Naïm et à de si nombreuses personnes qu’Il arrache à la mort. Sa belle et lumineuse main divino humaine en forme de croix est crucifiée sur la Croix. Elle s’élève en prière pour tous les hommes et pour toutes les créatures. La main cruciforme partage dans le pain et le vin le Corps et le Sang dont elle est vivante. Porter sa croix, c’est prendre la parcelle eucharistique que le Christ nous tend, parcelle imbibée du sang chaud de notre Dieu vivant. En cette même main crucifère nous nous félicitons, nous nous glorifions, dit saint Paul.

Bénir sa vie

Porter sa croix c’est se réjouir en Dieu, bénir sa vie, préférer la vie que Dieu nous donne à toute autre forme de vie à laquelle nous pouvons penser. C’est le glorifier en tout et pour tout, quelle que soit la forme prise par cette part d’existence. Dans l’épreuve, forme personnelle qui s’appelle ma croix, les amis de Jésus le glorifient en le saluant du signe de la Croix, ce salut de la main que nous adressons à ceux que nous aimons et qui nous aiment. Celui qui prend sa croix ne doute pas qu’il est aimé, qu’il est élu, choisi et préféré – comme s’il était seul sur la terre.

L’amour exclusif

L’étrange expression « le disciple que Jésus aimait » désigne celui qui porte sa propre croix et qui se trouve ainsi dans l’absolu de l’amour de Dieu. À cette profondeur et cette hauteur divino humaines, chacun sait qu’il est le seul aimé, l’unique du Seigneur. Pour l’Amour en personne, chaque personne est unique et l’objet d’un amour exclusif, sans aucune comparaison avec qui que ce soit d’autre. C’est pourquoi nous tenons et portons avec grande joie la Croix, ce gage de l’affection sans borne du Bien-aimé.

(Radio Notre-Dame, dimanche 18 septembre 2016)