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Évangile du 3ème dimanche de Carême : Marc 8, 34 – 9, 1 (la Croix)

L’optimisme –

Le message du saint Évangile en ce temps de Carême est toujours joyeux. Avec beaucoup de joie, nous avons glorifié dans les saintes icônes la face miséricordieusement tournée vers nous du Sauveur, de sa Mère très pure et de tous ses saints. Le deuxième dimanche, il nous a été promis que la grâce divine, non seulement nous délie de nos péchés, mais encore nous permet de voir l’action salvatrice du Seigneur Médecin. Aujourd’hui, nous entendons que nous pouvons être de ceux « qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le Royaume de Dieu venant avec puissance ».

Le Royaume de Dieu

Cette parole annonce que les membres de notre peuple, le peuple d’Israël, verront effectivement, en personne, dans la Personne du Messie Sauveur, le Royaume de Dieu dans toute la puissance de la Résurrection. Ils l’ont vu, ils l’ont, comme Thomas, touché et palpé ; ils l’ont, comme tous les apôtres et les myrophores, entendu, ce Royaume en personne. Cette prophétie se rapporte également à la venue et à la présence, à la Parousie du Sauveur qui, dit le Symbole de la Foi, « de nouveau, avec gloire, vient, juger les vivants et les morts ! »

La divine liturgie

Dans chaque célébration de la divine liturgie cette réalité advient : les croyants, membres du sacerdoce royal, guidés par leurs pasteurs spirituels, voient, des yeux transfigurés de leur cœur, le Royaume de Dieu venant avec puissance. « Les saints dons sont pour les saints ! », proclame le hiérarque dans l’autel. Et tous : « un seul est Saint ! Un seul est Seigneur ! Jésus Christ, à la gloire de Dieu le Père ! » Les baptisés, les célébrants du saint sacrifice non sanglant contemplent cette gloire immatérielle et incréée irradiant la lumière créée où baignent la célébration et tous les signes de la Présence : le calice, la patène, les saints Dons élevés au-dessus des anges et des chérubins.

L’audace

En vérité, sans avoir goûté la mort, en cette vie même, nous voyons et nous croyons ; nous goûtons et nous savons ; et nous le chantons : « nous avons vu la vraie lumière ! » Nous osons l’affirmer ; nous osons dire que la promesse du Christ s’est accomplie, aujourd’hui, pour nous. Les Pères l’attestent : en cette vie, tu peux, par la grâce du saint Esprit, connaître par anticipation le Royaume de Dieu. Dès ce Carême 2018, dès aujourd’hui, dès maintenant, tu peux connaître le Christ, comme l’a reconnu Nathanaël, comme l’a vu avec larmes l’apôtre Pierre, comme a touché ses pieds Marie Madeleine Égale-aux-apôtres. L’au-delà n’est pas au-delà : il est parmi nous, accessible à un cœur plein de foi et de sincérité ; à un corps libéré par le jeûne ; à une intelligence purifiée par les messages que diffuse la prière liturgique, tout l’enseignement du Triode nourricier de l’intelligence humaine et angélique affamée de vérité et de vie.

Connaître le Seigneur

L’expérience du saint et grand Carême serait vaine si elle n’avait pas pour enjeu, dès ici-bas, la connaissance du Royaume. Pourquoi jeûner ? Pourquoi se confesser ? Pourquoi pratiquer l’aumône ? Pourquoi veiller ? Pourquoi demander aux frères leur pardon et leur prière – si ce n’est pour libérer et convertir en nous les capacités originelles de connaître le Créateur ; pour voir, de nos sens déifiés, son visage tourné vers nous au principe de tout, et le reconnaître comme le reconnut l’aveugle-né ? Nous savons également que nous connaîtrons le Royaume dans toute sa puissance en assimilant le Verbe incarné et en nous assimilant à lui dans son Corps très pur et dans son Sang très précieux. Nous connaissons le Roi de ce Royaume, le Sauveur et Messie, quand nous transforme en lui la grâce eucharistique. Ainsi, pour connaître le Royaume, devenons ce Royaume, cet espace à la fois créé et incréée où le Seigneur « règne, vêtu de majesté ». Nous connaîtrons le Royaume et sa puissance en exauçant nous-mêmes la prière « que ton Règne arrive » par la venue de l’Esprit de communion en nous. Et nos actes, comme ceux des saints, diront que le Royaume est déjà là.

(Radio Notre-Dame,  Lumière de l’Orthodoxie, 11 mars 2018)