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Dimanche du Paralytique: Jean 5, 1-15

Le corps image de l’âme –

La situation de paralysie est très fréquente dans l’Évangile. Déchiffrons dans le signe corporel l’état de l’homme intérieur : celui de l’âme, de l’esprit, du cœur. Il ne s’agit pas de relation causale, quoique le corps souffre des passions de l’âme et des erreurs de l’esprit. Le corps est malade de l’âme. Ce n’est pourtant pas une relation de cause à conséquence que nous devons lire ici, et encore moins une relation d’expiation, le corps payant pour les péchés de l’âme. Le monde divin n’est pas causal, le monde divino humain, celui de Jésus Christ le Ressuscité, non plus. Le corps est l’icône visible de l’âme et de l’esprit invisibles, et surtout de la personne invisiblement présente. Il montre où celle-ci en est de son évolution vers la ressemblance avec Dieu, puisque là est la question.

Thérapeutique du Oui

Après la Résurrection, sans chronologie, le lectionnaire divinement inspiré de l’Église présente à notre cœur encore tout émerveillé du matin de Pâques l’image d’un paralytique. C’est une personne humaine, peut-être toi, peut-être moi : n’ayons pas peur de nous identifier aux personnages évangéliques. C’est également la condition humaine, l’humanité incapable de s’immerger en Dieu, impuissante peut-être à vouloir la liberté, la santé de l’âme et de l’esprit. Le Seigneur l’interroge : « veux-tu avoir la santé ? » – question scandaleuse, ou ridicule, adressée à un malade, si l’on ne comprend pas que le Seigneur se garde de toute action thaumaturgique ou magique, en tout cas unilatérale. Il attend que l’homme exprime son désir de vivre et qu’il manifeste ainsi une santé qu’il ignore. Il y a en nous, à notre insu, d’extraordinaires capacités de vie, de créativité, de santé, de pureté et d’obéissance à Dieu. Le Oui à Dieu nous est naturel et nous l’avons oublié ! Depuis l’exil d’Adam, nous nous cachons de Dieu, nous sommes dans le oui-mais, le oui-peut-être, ou même dans le non : non, Dieu, laisse-moi à mon autonomie sans toi, laisse-moi à ma vie sans toi, à ma mort, à ma paralysie, à mon infirmité d’âme et de corps. « Veux-tu avoir la santé ? » demande encore le Seigneur ?

Un cauchemar

Or il s’avère que l’homme vit un cauchemar : le temps de se traîner jusqu’à la piscine, un autre s’y plonge avant lui… pire que le cauchemar de Sisyphe dont le rocher retombe toujours. Oui, je veux avoir la santé ! Oui, je veux être libre ! Oui, je veux être homme, debout devant Dieu, comme dit saint Irénée ! Oui ! Oui ! Oui ! Mais qui me jettera dans l’eau que l’Esprit et ses anges agitent ? Qui me baptisera quand tant d’autres le sont avant moi, sauvés avant moi ? Qui me tiendra la porte du Paradis pour que j’y entre, moi aussi, après tous les autres. Moi aussi je veux être sauvé ! Thomas disait : je ne croirai pas ! Celui-ci, dont on ne connaît pas le nom, ne demande qu’à croire et à marcher. Des hommes et des femmes, par milliers, attendent le Salut… « Seigneur ressuscité, écoute la supplication de tous ceux qui croient en toi : ils ne peuvent être sauvés sans toi, si Tu ne combles Toi-même la distance d’eux à la vie en toi ! »

(Radio Notre-Dame, « Lumière de l’Orthodoxie », le 7 mai 2017)