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Dimanche de sainte Marie l’Egyptienne : Mc 10, 32-45

Sainte Marie l'EgyptienneInanité du pouvoir –

Le message du saint Esprit dans l’Église par la parole du Verbe, en ce cinquième dimanche de Carême, dénonce les ambiguïtés du pouvoir. Le Christ Dieu a, par sa croix vivifiante, désamorcé tout pouvoir sur autrui. Il a donné pouvoir aux autres sur lui-même et dévoilé ainsi la vanité de leur domination. A Pilate, Il dit : « tu n’aurais aucun pouvoir sur moi, s’il ne t’avait été donné d’En Haut » (Jean 19, 11). De Dieu lui-même il a reçu le pouvoir qu’il exerce en ce moment sur le Dieu Homme. « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir si tu ne l’avais reçu de moi ! » Que quelqu’un – c’est le cas des martyrs –, volontairement et par amour, donne pouvoir à autrui sur lui, il en annule l’énergie.

Les renonçants

Les chrétiens boivent à la coupe que boit le Verbe et sont baptisés de son baptême : personne ne leur prend la vie, ils la donnent librement, y compris pour leur bourreau ; personne ne les asservit, ils se soumettent librement. Les saints, comme le Dieu Homme lui-même, peuvent faire appel aux anges de Dieu pour être libres, comme le montrent les apôtres Pierre et Paul (Ac 12, 6 ; 21, 33) et tant d’autres. Mais ils ont, en disciples du Seigneur Jésus, renoncé à tout pouvoir en ce monde (tropaire de saint Cloud). La tentation est grande, dans le monde, comme quelquefois dans l’Église – considérons aujourd’hui Jacques et Jean – d’avoir du pouvoir sur autrui. Le pouvoir donne une forte jouissance : difficile d’y renoncer quand on y a goûté !

La séduction

Sainte Marie l’Égyptienne a renoncé au pouvoir que te donnent sur les hommes la séduction et le plaisir que tu leur promets, dépendance sexuelle bien connue… Elle régna longtemps en souveraine libertine sur le monde masculin esclave de son désir ; elle ne put entrer dans l’église pour vénérer la sainte Croix, abolition de tout pouvoir. Le jeûne et le non pouvoir du désert l’affranchit de celui qu’elle avait sur les autres, car tout despote est esclave. Avec tous les saints, elle reçut du saint Esprit, un pouvoir sans pouvoir : la royauté paradisiaque sur les lois de la création ; elle effleura le Jourdain de ses pas légers.

La puissance créatrice

La puissance divine n’est pas sur le monde ; elle est dans le monde, en son milieu. Les saints œuvrent charismatiquement de l’intérieur de la création, du sein de la mort et de l’enfer par la puissance de la Résurrection. Cette puissance est celle qui créa le monde ; elle fait exister : la grâce du saint Esprit libère la liberté. Par l’énergie chaste de l’amour, par la puissance de l’humilité, les amis du Christ guérissent : ils convertissent, ils ressuscitent, ils œuvrent avec le Sauveur pour le salut de toutes les créatures.

(Radio Notre-Dame 17 avril 2016)