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Le jeûne pour la Bible et l’Eglise

1) Le jeûne, dans l’Ancien Testament, est surtout un rite pénitentiel, en relation avec l’Alliance, envers laquelle le péché est une infidélité, et qui est restaurée par le repentir. Accompagné des manifestations traditionnelles du deuil, il apparaît dans la Bible comme l’expression d’une profond repentir, tel celui manifesté par Achab sous les reproches d’Elie : « Quand Achab entendit ces paroles, il déchira ses vêtements, mit un sac à même sa chair, jeûna, coucha avec le sac et marcha à pas lents » (1Rois 21, 27 ; cf. Sam.7, 6 ; Joël, 1, 13-15).

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2) Le jeûne est étroitement lié à l’idée de supplication. L’Israélite pieux ne concevait pas une prière instante sans le soutien du jeûne (cf. Judith, 4, 9-13). Le peuple ou l’Israélite fidèle implore la délivrance d’une épreuve à caractère de châtiment… Mais, plus largement, il s’agit « d’humilier son âme » pour exprimer une attitude d’abandon total et confiant ; le jeûne est « le comportement typique de quiconque ne compte plus que sur le seul secours de Dieu » (Regamey, Redécouverte du jeûne, Paris, 1959). Le jeûne peut ainsi devenir le signe d’une intercession instante pour autrui (Ps.35, 13). Le croyant jeûne pour les autres, pour le monde.

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3) le jeûne joue à la fois le rôle d’une intercession pour l’homme ou le peuple pécheur, et celui d’une préparation à la rencontre de Dieu. Pour exprimer son respect envers autrui, l’homme accepte de se gêner, de renoncer à ses aises et à ses plaisirs ; à plus forte raison, la crainte qui saisit la créature à l’approche de la majesté du Seigneur peut-elle inspirer des comportements analogues où le jeûne a sa place, à côté de l’enlèvement des sandales, du voile sur le visage, de l’abstinence sexuelle, de l’interdiction de toucher le lieu sacré ou d’en approcher. Ce sont des comportements symboliques en face de la sainteté divine chez celui qui a le sens de l’unité profonde de son être humain, corps et âme, et le sens de la sainteté et de la transcendance de Dieu.

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4) les prophètes d’Israël, contre le formalisme et l’hypocrisie, et sans condamner le culte en lui-même, ont fortement souligné la nécessité d’accompagner les sacrifices et les jeûnes de dispositions intérieures correspondantes, sans négliger d’accomplir les préceptes plus essentiels de l’amour du prochain et de la justice sociale (Os.6, 6 ; Is.58, 6-7). « La prière est bonne avec le jeûne, et l’aumône vaut mieux que l’or et les trésors » (Tobie, 12, 8). Ainsi se trouve constituée la trilogie, jeûne, prière, aumône, dont héritera la tradition chrétienne.

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5) Dans l’Église, le jeûne a un sens nouveau par rapport à la personne de Jésus et au don de l’Esprit : préparation à la joie pascale, conversion, participation à la Pâque du Christ, manifestation de l’amour de Dieu…

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(d’après P. Placide, Humilier son âme par le jeûne, monastère Saint-Antoine-le-Grand, 2007)