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Aucun instrument dans la Liturgie : pourquoi ?

La familiarité avec le Créateur –

Au Paradis, la première humanité vivait dans la familiarité de Dieu. Le dialogue divino humain était sans ombre. La présence du Créateur transparaissait des créatures. Pour s’adresser à lui, Dieu avait donné à l’homme la parole ; et Il avait insufflé à celui-ci la grâce de son Esprit : naturellement soutenue par ce souffle initial, la parole était adressée au Seigneur.

La chute et le monde des outils

Le péché entraîne la perte de cette familiarité naturelle. À partir de ce nouvel état, l’humanité première eut besoin d’outils : le vêtement pour voiler la nudité (feuilles de figuier ou tuniques données par le Créateur) ; les outils pour chasser, pour couper ou pour tuer ; les constructions architecturales ; les instruments de musique pour la célébration, comme le montre la Bible. Les outils et les instruments ont permis à l’homme de survivre et de manifester également sa créativité. Ils permettaient de correspondre avec la Divinité dont on s’était éloigné et dont la présence était maintenant occultée.

Civilisations et cultures

C’est comme cela que sont apparues les civilisations, les cultures, les sciences, et même les religions, en fait, tout ce qui est du domaine instrumental et technologique. Les rites de l’humanité éloignée de Dieu comportent de figures, des symboles, des dessins et des peintures, où l’on aperçoit des flûtes, des tambourins, et bientôt des lyres, des harpes et des trompes. Le monde déchu est un monde instrumental : l’homme y manifeste son génie d’origine divine et il trouve à s’adresser à Dieu par ses moyens dont l’archéologie garde la trace.

La chair-verbe

Mais quand Dieu le Verbe s’est fait chair et s’est fait homme, Il a entrepris de nous rendre progressivement le mode de vie paradisiaque et, bien plus, de nous rendre accessible son Royaume. Il nous a rendu la nudité et la parole. Le culte nouveau, « en Esprit et en Vérité », issu du baptême, correspond à la forme ancienne : la simplicité de la consécration de l’offrande, la disparition des sacrifices sanglants et celle des instruments. Ce culte reste encore tributaire du monde instrumental, comme le montre l’importance des rites. Mais l’Église n’est, ni le Paradis, ni le Royaume : elle en est le sacrement, le chemin et l’initiation.

La parole et le souffle

Toujours est-il que le culte chrétien traditionnel n’a jamais connu d’instruments de musique. Il utilise exclusivement la voix humaine, cet organe parfait du dialogue avec la Divinité, surtout quand il est animé par le même souffle que celui qui fut inspiré à Adam au Paradis. La prière est respiration parce qu’elle participe de l’Esprit et elle est parole parce qu’elle participe du Verbe. Elle est chant et louange, sommet de la culture universelle, âme de la célébration et de l’expression de l’amour humain pour son Dieu.

L’organe naturel de la prière

La parole, accompagnée du geste, est rigoureusement centrale dans le culte chrétien. La voix portée par le souffle est ce qui la sert le mieux. C’est pourquoi on n’emploie presque pas le ton parlé : la parole est majoritairement soutenue par le souffle afin d’être inspirée. Les instruments contrarient généralement, couvrent ou occultent le verbe humain, sauf s’ils sont très discrets, comme certains instruments à cordes pincées. Notre voix et notre corps sont faits pour célébrer notre Dieu.

Exceptions

Toutefois il existe de très petits instruments pour soutenir la prière liturgique : les cloches, la simandre, les clochettes par exemple sur l’encensoir et, chez les chrétiens d’Égypte ou d’Éthiopie, les cistres et de petits tambourins.

(a.p. M.-A.) – 29/08/21