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Théologie positive et négative

Les deux voies

« Suivant la tradition patristique, il existe une connaissance de Dieu rationnelle ou cataphatique [ce que l’on peut affirmer de Dieu, qu’Il est infini, créateur, etc.] et une connaissance apophatique ou inexprimable. La deuxième est supérieure à la première, et la complète. Par aucune des deux on ne connaît pourtant Dieu en son essence. Par la première, nous connaissons Dieu seulement en sa qualité de cause créatrice qui soutient le monde dans l’existence, alors que, par la deuxième, nous avons une sorte d’expérience directe de sa présence mystérieuse, qui dépasse la simple connaissance de lui en sa qualité de cause, investi d’attributs semblables à ceux du monde. Cette deuxième connaissance est appelée apophatique parce que la présence mystérieuse de Dieu, expérimentée par elle, dépasse la puissance de définition par des mots. Mais cette connaissance convient mieux à Dieu que la connaissance cataphatique.

Théologie expérimentale

On ne peut pourtant pas renoncer à la connaissance rationnelle. Même si ce qu’elle dit au sujet de Dieu n’est pas tout à fait adéquat, elle ne dit rien de contraire à Dieu. Ce qu’elle dit doit seulement être approfondi par la connaissance apophatique. D’ailleurs même la connaissance apophatique, lorsqu’elle veut tant soit peu s’interpréter elle-même, doit recourir à des termes intellectuels, les emplissant toutefois toujours d’une compréhension plus profonde que celle que peuvent rendre les seules notions intellectuelles.

 

La connaissance apophatique peut faire cela, dans la mesure où, pour elle, les attributs de Dieu sont, non seulement pensés, mais expérimentés en quelque sorte directement. Par exemple, pour elle l’infinité, la toute-puissance, ou l’amour de Dieu sont, non seulement des notions intellectuelles, mais une expérience directe. Dans l’acte de la connaissance apophatique, le sujet humain expérimente de façon réelle une sorte d’immersion dans l’infinité de Dieu, dans sa toute-puissance, dans son amour. Par la connaissance apophatique, le sujet humain non seulement sait que Dieu est infini, tout-puissant, etc., mais il l’expérimente également. Toutefois, dans cette expérience, l’infinité de Dieu se présente d’une façon tellement débordante, que l’homme se rend compte qu’elle est autre que ce qui est pensé d’elle, qu’elle est inexplicable.

Apophatisme et théologie négative

Il est vrai que dans la connaissance rationnelle également l’homme se rend compte que l’infinité de Dieu est plus et autre que ce qu’il peut comprendre par le concept intellectuel qu’il a d’elle. C’est pourquoi il corrige ce concept par une négation. Or la négation également est toujours une expression intellectuelle. Le sujet pensant sait que l’infinité de Dieu est autre que l’infinité qu’il a pensée. Mais la négation se réfère seulement à ce qu’il a affirmé. Ceci est la voie négative de la théologie occidentale. […] La nécessité de se purifier des passions en vue de cette connaissance, ou celle d’un sentiment aigu de son péché et de son insuffisance propre, montre également que cette connaissance n’est pas une connaissance négative intellectuelle, comme elle a été comprise en Occident, c’est-à-dire une simple négation des affirmations rationnelles au sujet de Dieu. Mais il s’agit d’une connaissance par expérience. D’ailleurs les Pères orientaux appellent cette approche de Dieu union plutôt que connaissance. »

 

(Père Dumitru Stàniloae, Théologie Dogmatique Orthodoxe, I, p. 115 ; 122)