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L’évangile des Dix lépreux

Universalité du Christ –

Dans l’épître aux Colossiens (3, 4-11), l’apôtre Paul a ce message : « il n’y a plus Grecs et Juifs […], esclaves ou hommes libres, mais le Christ est tout et Il est en tous ! » Et le Christ Lui-même, dans plus d’un passage du saint Évangile, relativise les distinctions ethniques, en prenant les Samaritains, ou des païens, comme exemples de foi. Le Verbe s’est fait chair et s’est fait homme en assumant la plénitude de la nature humaine. Il s’est fait l’Homme total. Tout homme – croyant ou non, baptisé ou non – jouit d’une humanité qui est assumée par la personne divine du Christ (« hypostasiée » en lui). Les différences sexuelles, ethniques ou nationales sont donc relatives,  et les formes de sexisme ou de nationalisme désuètes depuis longtemps.

La norme de 10%

Un lépreux sur dix prend conscience qu’il a affaire avec le Seigneur : il vient vers le Sauveur Jésus Christ, se prosterne devant lui et le glorifie (Luc 17, 12-19). Dix pour cent, cela paraît peu…  C’est la dîme biblique. Souvent, nous sommes très en-dessous de ce pourcentage : y a-t-il une telle dose de confesseurs de la vraie foi sur la terre ? Dans nos paroisses, dans nos familles, dans notre vie personnelle, quel est le pourcentage de consécration de notre cœur, de notre esprit, à reconnaître le Christ comme Seigneur ? Le Christ assume toute la nature humaine ; mais le lépreux reconnaissant représente la personne (« hypostase ») humaine qui prend en charge de façon consciente, par une foi personnelle, ce que le Christ a fait pour tous. Cette proportion de conscience correspond – en principe – avec l’activité des baptisés. L’humanité jouit sans s’en rendre bien compte des bienfaits de Dieu et des conséquences de son incarnation universelle. Un petit nombre s’éveille à la louange et à la connaissance.

Deux formes de prière

L’épisode des lépreux indique les deux fondements de la prière : la supplication et la louange – « Seigneur, miséricorde ! » et « Gloire à toi, Seigneur ! » Remarquons que tous nos offices liturgiques sont structurés sur cette base. Ils commencent généralement par la louange (« béni est notre Dieu en tout temps… ») et continuent par la demande (« Kyrie eleison ! Seigneur, miséricorde ! » ; et, après avoir supplié le Seigneur, nous lui rendons gloire : « car à toi appartiennent le règne, la puissance… Père, Fils et saint Esprit !» Nous commençons par reconnaître le Seigneur trois-fois-saint, nous le supplions ensuite, et nous le glorifions pour finir !

L’action de grâce

Dans l’évangile des Lépreux, la louange exprime l’action de grâce pour un immense bienfait reçu de Dieu : la santé ! Nous ne remercions jamais assez pour ce don gratuit… Dans la divine liturgie, par exemple, dans l’anaphore, la louange est également motivée par le remerciement. Cette disposition honore l’être humain, et montre qu’il est conscient de la bonté de Dieu à son égard et à l’égard de toutes les créatures. Celui qui sait remercier est vraiment un homme. La gratitude grandit la personne humaine, comme nous le voyons par l’hymne de la Mère de Dieu. Et, par ingratitude, Adam perdit le Paradis.

La glorification gratuite

Mais il existe une sorte plus élevée de louange : sublime, angélique et chérubique – le fait de louer le Seigneur, non pour ses dons, mais pour lui-même ; l’amour pour le Donateur plus que pour ses cadeaux ! Nous glorifions alors le Seigneur de façon désintéressée et par seul amour. Cette forme supérieure de louange est exprimée dans la sainte liturgie, au milieu de l’anaphore, par la triple sanctification que prononcent les hiérarchies angéliques : Saint ! Saint ! Saint !

La connaissance parfaite

C’est ici la plus haute connaissance, la plus grande allégresse, la délectation inexprimable dans l’amour divin et, en vérité, déjà le mode d’existence qui appartient à l’éternité en Dieu. Quand nous louons Dieu pour lui-même, nous entrons par là-même à la place qu’assigne le Père céleste à tous les hommes : Il a fait exister ce et ceux qui n’existaient pas de façon à les faire jouir de sa propre gloire et de sa propre joie. Seuls ceux qui, dans leur folie, s’en priveraient, en seraient privés !