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Les paramètres de la connaissance (gnoséologie patristique et orthodoxe)

L’humanisme occidental –saint_cyril_of_jerusalem

L’importance donnée par la tradition des apôtres et des pères aux sacrements et à l’ascèse tient à une méthode de connaissance différente du didactisme occidental. Le rationalisme qui réduit le réel à la raison humaine – ce qui est rationnel est réel, dit Descartes – ; l’humanisme qui prend l’homme comme mesure de tout ; la méthode conceptuelle qui considère comme vrai ce qui est compréhensible et pensable – tendent à transformer la création, l’homme et Dieu en objets de connaissance. Mais les discours catéchétiques des saints Pères (par exemple saint Cyrille de Jérusalem), leur théologie mystique (celle de Denys l’Aréopagite et de Maxime le Confesseur), et l’ensemble des commentaires patristiques de la Liturgie (pensons à ceux des saints Germain de Constantinople et Nicolas Cabasilas)  permettent de dégager les paramètres suivants.

La connaissance suit une initiation,

Cela veut une mise sur la voie, une conduite et un accompagnement du disciple par le maître (Denys l’Aréopagite et Maxime le Confesseur). Ainsi, la célébration de n’importe quel office a un caractère mystagogique, c’est-à-dire que nous et nos enfants sommes conduits dans la profondeur du mystère de la Parole de Dieu. C’est pour cette raison que le Verbe dit : Je suis la Voie. Le christianisme antique était lui-même appelé la Voie. La transmission de la vérité se fait en cheminant ensemble ; ainsi le Christ conduit ses disciples sur la montagne ou ailleurs, ou bien Il les enseigne en marchant.

Le baptême

La transmission de la connaissance se fait par immersion dans le Christ-Parole. L’ « ecclésialisation » du futur baptisé le 40e jour après sa naissance, son immersion dans l’eau baptismale, constituent une plongée dans la vie et la vérité du Christ présent dans son Église. L’émersion est celle d’une personne à qui la révélation et la foi viennent d’être transmises. Nous et nos enfants, nous ne connaissons Dieu et sa volonté qu’en étant immergés en lui – comme on apprend les langues nouvelles, nous apprenons la langue de Dieu et de son peuple.

L’onction chrismale

L’imprégnation de la conscience par la révélation a lieu par l’onction ou pénétration de la grâce, des énergies divines de la vérité et de la vie du Verbe incarné. Nous sommes chrismés, ou christifiés par l’Esprit. Quittons une conception intellectuelle de l’esprit et de l’Esprit et nous saurons que l’Esprit, « le Saint, le Seigneur, le Vivifiant », est la Puissance fécondante du Père. Il insémine en nous la présence du Verbe ; Il immerge le Verbe en nous ; par l’Esprit, le Fils unique et Verbe de Dieu, c’est-à-dire Jésus Christ, la Parole en personne, habite dans nos enfants et en nous. La grâce pénètre jusqu’au tréfonds de la conscience incorporée à travers la chair même du baptisé. Elle pénètre jusqu’au cœur, le siège de cette conscience, de ce sujet et fondement de l’être humain. En ce lieu, chaque baptisé a rendez-vous avec le Verbe ; c’est ici qu’il sera touché, saisi, émerveillé par la Parole.

Le divin Aliment

La communion, ou manducation et breuvage de la parole de vérité et de vie, assure la connaissance par incorporation à la Révélation et au mode divin d’exister. La communion transforme l’homme en Dieu en l’assimilant au Christ chair et sang ; elle le déifie ; elle transfuse en nous le « sang de Dieu », selon l’expression de saint Grégoire le Théologien ; nous devenons consanguins de Dieu et, par son sang, vient en nous la grâce de la foi et de la connaissance : l’homme connaît Dieu en devenant dieu par participation.

L’assimilation

Dans la célébration, tout est fait pour la transfiguration de l’homme dans le Christ, pour son assimilation à lui, pour la transmission pneumato-psycho-somatique de la connaissance. En tout cela, la place du didactisme est mince : les saints Pères (Cyrille de Jérusalem, par exemple) ont défini une catéchèse pré et post baptismale et sacramentelle. Normalement un chrétien n’a pas besoin d’être enseigné, il a tout par la grâce baptismale, sous la condition absolue de vivre en état continuel d’initiation, d’immersion, d’onction et de communion dans l’Église. S’il perd la grâce du saint Esprit, il sera obligé d’étudier dans de gros livres et de pesantes académies.

L’enseignement didactique

Il peut avoir une place de propédeutique à la célébration ou d’interprétation de l’initiation liturgique : en aucun cas, il ne s’y substitue ; par exemple, faire le catéchisme pendant la célébration signifierait qu’on ne croit pas à l’action divine dans la prière liturgique ! Ce n’est donc pas la compréhension qui fait problème : la qualité de la mystagogie est la véritable exigence pédagogique pour nos enfants et pour nous. Le plus important est l’assimilation de la Parole et à elle, son intégration à nous et de nous à elle. La mémorisation de l’Évangile et de toute parole inspirée par le saint Esprit est fondamentale pour la connaissance.

Mémoriser la Parole

Saint Jean Chrysostome passa plusieurs années à mémoriser la parole de Dieu avant d’exercer un ministère. Saint Antoine et d’autres saints Pères récitaient par cœur le psautier chaque jour ou chaque semaine ; Didyme l’Aveugle qui n’avait pas étudié connaissait par cœur toute l’Écriture ; bien plus, le Christ, à qui les scribes et les Pharisiens, universitaires et professeurs de l’époque, reprochaient de n’avoir pas étudié, avait hypostasié (assumé dans sa personne divine) sa propre parole, et Il citait brillamment les Écritures ; Il était à lui seul une encyclopédie biblique, montrant comme Il était immensément cultivé, Lui le Verbe, par ses propres paroles.


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