Imprimer cet article Imprimer cet article

Le rôle des fidèles dans la liturgie orthodoxe

Liturgie Louveciennes« Le mot liturgie signifie œuvre commune. Cette action sacrée communautaire obéit à une ordonnance précise qui nécessite quelques explications d’ordre général. En effet, que ce soit dans un louable élan à la participation, ou encore parce qu’ils jugent plus ou moins arbitraires les indications qui leur sont données du geste par le chef de chœur – mais dans tous les cas par ignorance – nombreux sont les fidèles qui chantent indistinctement ce qui leur plaît, même si ce chant ne leur est pas destiné.

Or, si, dans l’assistance, les fidèles chantent les parties destinées au chœur seul ou au clergé, ils dégradent – involontairement – l’ordonnance de l’office et, par là même (et c’est là l’essentiel) sa signification symbolique.

En ne chantant que les parties qui leur sont réservées, ils contribuent à rendre l’office vivant et à lui donner sa pleine valeur sacramentelle.

Tous nous participons au sacerdoce du Christ ‘qui offre et qui est offert’, et nous y participons doublement : en intention et en action. L’assemblée des fidèles – le peuple royal – unit son intention à celle du prêtre, elle offre avec lui le Sacrifice eucharistique. Elle s’associe à l’immolation mystique de l’Agneau et au mystère rédempteur du Golgotha. Elle reçoit, si elle s’y est préparée, le Corps et le Sang de la victime divine, communiant par là aussi à tous les membres de l’Église qui sont les membres du Christ. Elle se joint en esprit à la Vierge Mère de Dieu, aux anges et aux saints qui, invisiblement présents autour de l’autel, offrent aussi ce Sacrifice.

Mais à cette ‘action commune’ qu’est la liturgie, le fidèle n’est pas appelé à ‘assister’ en spectateur muet dont l’intention reste pudiquement cachée : il est invité, au contraire, à y œuvrer activement, en plénitude de tout son être – corps et esprit unis – manifestée dans la prière, la voix et l’attitude. Il doit prendre conscience que c’est Dieu, l’auditeur à qui est destinée cette œuvre d’art où chaque geste possède une signification déterminée et dont lui, fidèle, est une des ‘acteurs’ et non un figurant ou un auditeur passif.

Cependant, sa participation ne doit pas être anarchique et fausser l’équilibre de cette action commune. Ainsi, tombant dans l’excès opposé à la passivité, il peut croire, par grande piété, devoir chanter tout – ou presque – en même temps que le chœur, ce qui est une erreur.

En effet, la répartition des ‘rôles’ entre clergé (prêtres et diacres), chœur et assemblée, est déterminée avec précision. C’est dans la structure symbolique de l’action liturgique qu’il faut en chercher les raisons et le sens spirituel. »

(Maxime Kovalevsky, Retrouver la source oubliée, Paris, 1984, p. 91-92)