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Le baptême des langues

L’Incarnation –

Dans toute la mesure du possible, chaque peuple loue le Seigneur dans sa propre langue. En se faisant homme, Dieu a assumé une culture particulière, la culture juive, l’hébreu, l’araméen. Déjà consacrée par toute la prière de son Peuple et par l’usage qu’en avaient pu faire les saints prophètes, la langue hébraïque a reçu un sceau définitif par l’usage que le Seigneur en personne en a fait. S’Il a parlé en araméen, Il a prié en hébreu, de la langue dont on le priait. Mais la consécration de cette langue parmi toutes, n’exclut pas l’accès de chaque langue à une semblable consécration : c’est le mystère même de l’Israël de Dieu que d’être ouvert aux nations et à leur langue respective.

La Pentecôte

Dès avant que Dieu le Verbe ne devienne homme, l’Esprit saint avait agi en inspirant la traduction grecque des Écritures par les soixante-dix sages réunis à Alexandrie, les Septante. D’autres versions grecques ont également existé. Mais, c’est par la glorieuse Descente de l’Esprit, après l’Ascension ou Exaltation du Fils de Dieu à la droite du Père, que toutes les langues ont reçu le charisme de louer le Seigneur selon la vraie foi. C’est ce que rapporte le récit des Actes des apôtres, en le présentant comme un phénomène miraculeux, d’ordre culturel et linguistique. La célébration liturgique dans la langue de chaque peuple a un fondement théologique dans l’évènement de la venue personnelle (hypostatique) de l’Esprit.

Sanctification de la mémoire

Toute langue a donc accès au statut de langue liturgique, de langue sacrée. Cela veut dire également que l’histoire de chaque peuple, son expérience du temps et de l’espace, peuvent être consacrés par l’Esprit, à condition toutefois que les membres de telle ou telle nation reconnaissent Jésus Christ pour Seigneur. Par sa grammaire, sa syntaxe, son vocabulaire, la langue s’enracine dans la mémoire de chaque peuple : l’Esprit veut, par ses énergies incréées, descendre dans cette profondeur humaine, la sauver, la consacrer pour le culte et la sanctifier en faisant d’elle la langue que parle le Verbe quand Il s’adresse à son peuple.

Sanctification de la culture

La vitesse avec laquelle le phénomène se réalise le jour de la Pentecôte est celle du miracle. Pour chaque peuple, le phénomène s’inscrit dans son histoire. Il faut des années, probablement des générations, pour qu’une langue devienne tout à fait apte à la célébration en Esprit et en Vérité. Les mots doivent se charger d’une polysémie nouvelle ; et, dans un phénomène de créativité culturelle, apparaissent des mots nouveaux pour chanter Dieu comme Il est digne de l’être. Les linguistes pourraient étudier comment une langue donnée évolue sous l’influence de la foi, de la prière liturgique, et de sa consécration. Il est des mots difficiles à investir d’un sens nouveau. Et la difficulté de traduire de façon satisfaisante du point de vue de la foi et de la sensibilité religieuse est extraordinaire : il est normal que cela demande du temps, du travail, et de la prière. Indispensable est une véritable épiclèse du saint Esprit sur la culture, sur le langage articulé, sur toutes les formes d’expression – plastique, musicale, gestuelle. La venue du saint Esprit a instauré une immense révolution culturelle qui est loin d’être achevée.