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La prière : comment commencer ?

Commencer –

Pour commencer, il faut commencer : il n’y a pas d’autre méthode ! C’est comme la vie : tout est dans le commencement. C’est comme le monde : tout est « dans le principe ». Tout l’amour de ceux qui s’aiment est dans le commencement de l’amour, quand on ne sait pas encore qu’on aime. Ce principe même de l’être et de l’existence nous échappe. La vie commence en nous avant que nous ayons nous-mêmes commencé. Elle commence, et nous la rejoignons. L’amour naît et nous lui consentons. La prière, en son commencement, est essentiellement un consentement. Dieu dit : « que la lumière soit ! » et la lumière a consenti à être. L’être est obéissance à l’appel. L’être est Oui ; l’amour est Oui ; la prière est Oui. En effet, c’est Dieu qui a l’initiative, et de l’être, et de l’amour, et de la vie. À nous appartient la réponse libre.

Les bonnes habitudes

Une des façons dont nous commençons à prier est, reconnaissons-le, l’habitude, la bonne habitude que nous avons de dire nos prières chaque jour, à heure régulière. Depuis l’enfance, grâce à nos parents, à notre mère surtout, nous avons pris l’habitude de prier. Nous utilisons les livres de prière de l’Église, les psaumes, ou des prières que nous improvisons d’un cœur sincère. Nous avons toujours prié, disons-nous, et nous ne remettons pas cela en question. La prière fait partie de la culture biblique, et, du reste, de la culture universelle : les hommes, dans toutes les civilisations, ont toujours prié. La prière est une activité naturelle : nous nous y mettons sans réfléchir. C’est une forme d’obéissance, comme un enfant obéit facilement à ses parents.

La contrainte

Certains, pourtant, ne prient jamais, ont perdu l’habitude de la prière, ne prient plus, pour une raison ou une autre : paresse, sur occupation, scepticisme… Comme le dit saint Jean Cassien dans ses Conférences, le Seigneur vient au secours de ces personnes et, permettant une circonstance quelquefois douloureuse, Il suggère à l’homme de se livrer à la prière. Il y a des personnes qui ont découvert, ou redécouvert la prière, parce que leur enfant était malade, parce que leur travail était menacé, parce qu’une personne leur était hostile, ou encore parce qu’elles souffraient dans leur corps ou dans leur âme. Quand il pense à la mort, l’homme tend à prier. Souvent, la contrainte nous remet sur la voie, et nous crions vers Dieu, comme le fait David en son psaume : « Seigneur, je crie vers toi, exauce-moi ! » Cette situation également nous ouvre à l’obéissance : obéissance, en grec ou en roumain, veut dire écoute. Dans l’épreuve, l’homme écoute la suggestion que lui fait l’Esprit de crier vers son Seigneur, quelquefois de crier avec désespoir, comme l’exprime un grand nombre de psaumes ; et le Seigneur est l’Espoir des désespérés.

L’appel

Plus subtilement, il arrive que l’homme sente en son cœur un appel à la prière. L’Esprit saint, qui n’abandonne pas l’homme à une vie inférieure mais toujours veut le conduire à la connaissance du Fils de Dieu et par celui-ci à la connaissance du Père céleste, suggère au cœur de l’homme de se tourner vers le Seigneur. Rarement, nous prions le saint Esprit lui-même : mais Celui-ci nous invite à nous tourner vers le Fils ou vers le Père, ou encore de nous adresser à la Mère de Dieu ou à un saint qui nous est familier. L’homme sent dans son cœur comme une voix, comme une suggestion, comme une invitation extrêmement douce et amicale, une inspiration qui ne force pas et qui invite. Ici encore, la lecture de saint Jean Cassien est très utile. Ce saint Père dit que l’Esprit éveille ainsi la liberté de prier. La réponse à cet appel entendu ou ressenti dans le cœur s’appelle obéissance – obéissance spirituelle, obéissance à l’Esprit.

L’esprit de prière

Enfin, l’Esprit saint donne à l’homme de demeurer dans l’esprit de la prière, c’est-à-dire, non seulement un état de prière, expression un peu statique, mais plus exactement la grâce de la prière. On peut l’appeler esprit de prière ou grâce de prière parce que c’est une merveilleuse facilité. Or, la grâce se manifeste comme facilité. Commencer est alors facile ; et facile est de continuer ! C’est le cas où notre liberté est complètement libérée et où prier notre Dieu, pour le remercier ou pour le supplier, est un vrai bonheur. L’esprit de prière est ressenti comme un état naturel, comme l’état dans lequel nous nous sentons le plus nous-mêmes : je prie donc je suis ! Comment cela se fait-il ? – c’est que l’état de dialogue avec Dieu est l’état naturel à l’homme, comme l’a souvent dit Père Dumitru Stàniloae ; c’est celui qu’il a connu au Paradis ; c’est la familiarité d’un fils avec son père ; c’est une amitié divino humaine. Et nous ne désirons rien d’autre que de demeurer dans ce bonheur qui nous est naturel. Commencer la prière, et la continuer, ne nous demande alors aucun effort, et nous n’avons besoin d’aucune contrainte pour nous y livrer. C’est plus qu’une habitude un peu superficielle : c’est un état naturel, et cet état, s’il se prolonge et s’approfondit, rejoint l’allégresse des anges et des saints, et il se prolonge dans la vie sans fin.