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La diversité des rites et l’unité liturgique

L’unitéSt Germain de Paris

Les chrétiens ont hérité d’une expérience liturgique très riche, venue en partie du culte synagogal, en partie du culte du Temple, et en partie des rites païens. L’unité liturgique de l’Église tient essentiellement au fait qu’elle suit le commandement du Christ : « faites ceci en mémoire de moi ». Dans la mesure où la communauté des baptisés obéit à son Chef, qui est le Christ Sauveur, Fils unique et Verbe de Dieu, le Messie et le Dieu-Homme, elle a une unité liturgique foncière. Ceci est vrai pour les actes liturgiques qui ont une trace réelle dans le saint Évangile : l’eucharistie, le baptême, le mariage, l’onction des malades, l’ordination… Ce qui fait principalement l’unité liturgique des chrétiens, c’est l’unité de foi. Mais cette expérience est liée à la relation que la communauté chrétienne entretient avec la Tradition, en particulier la tradition liturgique.

La diversité

C’est un fait également que cette unité de l’activité liturgique de l’Église a toujours été articulée par la diversité du culte des Églises locales. Les liturgistes ont étudié les grands rameaux liturgiques de l’histoire chrétienne. Les diverses nations qui ont intégré l’Église par la confession de la vraie foi et par le baptême ont pu connaître une certaine variété de langue, bien sûr, mais également d’usages. Ceci concernait le calendrier, par exemple (date de Pâques, ou de mémoire des saints), mais également la structure profonde du culte. Partout, on retrouve les deux parties de la liturgie eucharistique : liturgie des catéchumènes (ou de la Parole) et liturgie des fidèles. Mais les prières du culte syrien, grec, romain, gallo-romain, copte, arménien, etc. ont pu être notablement différentes, tout en exprimant la même foi apostolique. Par exemple, toutes les liturgies ont connu, non seulement les paroles de l’institution (« ceci est mon Corps… ») mais encore l’invocation du saint Esprit sur les dons (épiclèse) qui vient combler l’action consécratrice du Christ ; toutes les liturgies ont fait une place à la prière avec la Mère de Dieu et avec les saints ; toutes mentionnent le lien avec l’évêque titulaire, etc.

Quel intérêt ?

Avec le temps, de grands patrimoines liturgiques se sont imposés, dans le contexte dit « byzantin » et dans la zone d’influence romaine. Pourtant, il est intéressant de ne pas oublier que la tradition, si elle est bien homogène, n’est pas pour autant uniforme. Célébrer,  aux fêtes des saints, par exemple, ou dans d’autres circonstances bénies par l’épiscopat, la liturgie selon saint Jacques, la liturgie selon saint Marc, la liturgie selon saint Germain, ne constitue pas une atteinte à l’unité liturgique de l’Église. Il est de l’intérêt de la communauté chrétienne de connaître la variété multicolore de la Tradition. Par ailleurs, chaque peuple a une mémoire, une expérience historique, son propre patrimoine souvent, ses racines de foi et souvent de martyre qu’il serait indigne de mépriser. Enfin la conception même de l’unité qui est celle des saints Pères est sur le modèle, proche ou lointain, de la sainte Trinité : c’est-à-dire une unité parfaite que confirme une diversité sans division. Et puis, quand on célèbre une liturgie autre que celle à laquelle on est habitué, cela donne un recul, une réflexion sur le culte, qui découvre que l’unité de l’Église est dans l’unité de la foi, et que les rites ne sont pas des absolus. Ceux-ci doivent seulement, et sainement, exprimer continuellement le consensus, la communion libre et consciente de tous les chrétiens. Les différences doivent être acceptées librement. Ce qui est important, du point de vue du Christ qui préside, c’est que les membres de son Corps puissent célébrer ensemble !