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L’exorcisme du Gadarénien

La prononciation de cet évangile laisse souvent perplexes les auditeurs et embarrasse les prédicateurs ! (Luc 8, 26-39 ; cf. Marc 5, 1-20).

Une des interprétations de l’évangile

On souligne le fait que les Gadaréniens ont fait montre d’ingratitude. Loin de glorifier la puissance divine manifestée par Jésus Christ, de se prosterner à ses pieds et de le glorifier, ils ont pensé à leur propre intérêt, et ils ont été saisis pas la peur, passion pécheresse. Loin de demander à Jésus de rester avec eux et de les accepter comme disciples, ils lui ont demandé de partir parce qu’Il dérangeait leur confort ; ils ont obtenu qu’Il rentre « chez lui ».

Notre propre attitude à l’égard du Christ

Nous pouvons nous interroger : mettons-nous toute notre foi, et exclusivement, en Jésus ? Il nous ouvre la porte du Salut, c’est-à-dire à la vie éternelle en lui, avec lui et en union au Père par l’Esprit saint. Nous pouvons également, c’est notre liberté, l’exclure de notre vie, quand nous pensons que nos projets égoïstes vont être perturbés par sa présence. Nous pouvons trouver le Christ gênant… Nous nous condamnons alors à une existence sans signification, purement animale (celle des porcs), dans ce monde, et sans avenir, dans l’autre. Ce rejet du Dieu Homme est celui des démons : qu’es-Tu venir faire chez nous ? Es-Tu venu pour notre perte ? Mais le Christ ne répond rien ; Il est venu, non pour perdre ses créatures, mais pour les sauver ; et Il exauce les prières même vaines des démons et des hommes… Il ne suffit donc pas de confesser « Jésus, Fils de Dieu », ce que les démons eux-mêmes font ; il faut encore lui demander de nous sauver par sa grâce et par son amour, et adopter des comportements dignes de lui, de sa Seigneurie et de son identité divines. C’est l’exemple donné par les saints martyrs.

Extrait d’une homélie

« Nous tous, nous sommes porteurs de l’Esprit de Dieu et, tous, dans notre prière commune de l’Église nous avons la force de chasser les démons. Trop souvent nous l’oublions, trop souvent nous n’y croyons pas.

Aujourd’hui comme à l’époque du Christ, les forces du mal sont à l’œuvre. Lorsque Jésus demande au démon ‘Quel est ton nom ?’ celui-ci répond ‘Légion’. (…) Aujourd’hui comme hier, les démons sont légion. Ils peuvent prendre des formes diverses et adopter des méthodes variées (…) : il y a l’agression directe comme il y a la possession véritable… Il y a aussi les passions, ce sont des possessions plus intimes, parfois moins visibles mais, sans doute, plus graves car plus insidieuses : lorsque les passions nous enténèbrent et nous asservissent, nous ne pouvons plus réagir et nous devenons réellement des esclaves et des serviteurs du prince de ce monde.

(…) Il faut être attentif à ces attaques perfides et multiformes. Sans doute les médias y participent, que ce soit par toute imagerie – pas seulement la pornographie – qui nous pénètre et nous détruit, et que ce soit encore par cette idéologie qui veut que l’homme et la femme [disposent] de leur vie, de leur corps, de leur destinée. Tout ceci a pour conséquence non seulement un relâchement profond de la morale, mais aussi une négation des racines spirituelles. Les racines sont vraiment déracinées.

(…) Nous devons ainsi apprendre à vivre (…) la dimension baptismale de notre existence, c’est-à-dire le combat permanent, le rejet du mal et la renonciation à Satan ».

 

(Homélie de Père Boris Bobrinskoy 1er décembre 2002, crypte de la sainte Trinité, Paris)