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Généalogie du Christ, comment interpréter : « il ne la connut point jusqu’à ce qu’elle eût enfanté un fils ».

La triple virginité

La foi orthodoxe glorifie la triple virginité de la Mère de Dieu, « Toujours-Vierge », Aeiparthenos, à la suite du Protévangile de saint Jacques. Cette thèse fut soutenue, avant le concile d’Éphèse, par Origène, saint Jérôme et saint Ambroise de Milan, puis par le 5ème concile œcuménique (canons 3 et 14) et le concile de Latran de 649 (canon 3, approuvé par le concile In Trullo). Sur ce point, les catholiques romains et les orthodoxes ont la même foi : ils croient que, étant vierge, Marie a conçu le Verbe, l’a porté, l’a mis au monde, et qu’elle a conservé la virginité ensuite, n’ayant pas de relations conjugales et ne mettant pas au monde d’autres enfants.

Les saints Pères

Saint Jérôme cite de nombreux passages de l’Écriture où l’expression « jusqu’à » n’implique pas de limitation temporelle. Selon les Pères, il est impensable que celle qui avait enfanté Dieu selon la chair ne se soit pas gardée à jamais et n’ait été à jamais respectée par saint Joseph. Jésus est le Fils unique de Dieu et le Fils unique de la Vierge. En hébreu les termes « frère » et « sœur » peuvent impliquer tous les degrés de parenté. Ainsi, ceux qui sont appelés « frères de Jésus » sont, soit les enfants du veuf Joseph, soit des cousins, selon saint Jérôme, enfants d’une sœur de sa Mère très pure. L’icône ambiguë de la « sainte famille » qu’on trouve dans le commerce n’est pas bénie par l’Église orthodoxe. Et l’icône de la Mère de Dieu est signée des trois étoiles de la triple virginité de la Mère de Dieu.

Autres saints

L’expérience religieuse de la sainteté et de la spiritualité chrétienne éclaire la virginité de Marie après la naissance de Jésus. L’histoire de certains saints (saint Paul, sainte Matrone de Kazan, Bernadette de Lourdes, etc.) montre que l’expérience de leur contact avec le monde d’en haut leur a fait choisir la vie monastique. Or, peut-il y avoir une expérience religieuse plus intense et plus sublime, un contact avec le divin plus direct que l’expérience et le contact vécus par la Théotokos dans sa maternité divine ? L’expérience des saints, la psychologie de la sainteté et la délicatesse religieuse ont conduit l’Église à tenir la virginité de Marie après la naissance de son Fils et son Dieu pour une évidence religieuse, et à la confesser comme une vérité révélée. Notons que la valorisation de la virginité comme liberté féconde est particulièrement importante pour notre époque.

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Pour approfondir le sujet, voir P. Alexis Kniazeff : La Mère de Dieu dans l’Église orthodoxe, Cerf, Paris, 1990, p.97.