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Crainte et amour : Luc 5, 1-11.

Hagios !Christ iconostase Louveciennes

Cet évangile est un exemple du sentiment religieux extrêmement puissant que l’être humain peut éprouver devant Dieu, en particulier devant le Christ, le Dieu-Homme. Celui-ci est l’Ami des hommes, le Dieu de miséricorde et de douceur ; Il est Celui qui, par amour, souffre pour ses amis et pour ses ennemis. Mais, comme nous le voyons dans cet épisode de la pêche miraculeuse, Il peut également être Celui qui est absolument stupéfiant par son comportement : le Seigneur du ciel et de la terre, le Maître de la vie et de la mort. Il y a une dimension de Jésus qui nous plonge dans la crainte, tellement Il est grand et majestueux ; tellement Il est le Trois-fois-Saint que nous chantons dans tous nos offices : Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, fais-nous miséricorde !

Crainte et amour

Le mot français de « crainte » recouvre plusieurs significations et correspond à des mots différents en hébreux ; de même, en grec, « phobos » peut se traduire par « peur » ou par « crainte ». Dorothée de Gaza l’emploie pour la peur de la souffrance (Œuvres Spirituelles, 6, 20) ou du danger (42, 25). Commentant la phrase de saint Jean –  « l’amour parfait bannit la crainte » (1 Jn 4, 18) -, il dit que la « crainte de Dieu » est de deux sortes (47, 1-20). « Il y a deux craintes, l’une initiale, l’autre parfaite ». Le chrétien débutant accomplit les commandements par crainte des châtiments ou par désir d’une récompense. « Un autre accomplit la volonté de Dieu parce qu’il aime Dieu lui-même et qu’il aime spécialement lui être agréable » : c’est l’amour parfait « qui porte à la crainte parfaite ». Car, celui qui aime Dieu et qui a goûté la douceur d’être avec lui, « redoute de le perdre ». « Cette crainte parfaite, née de cet amour, bannit la crainte initiale ». « Les saints n’agissent plus par crainte, mais ils craignent par amour » (48, 32). C’est pourquoi, par exemple, le Seigneur dit à Abraham : « Maintenant, Je sais que tu crains Dieu » (Gen. 22, 12), parlant de « la crainte parfaite, celle des saints » (48, 27).

La connaissance

Dans cet évangile de ce jour, la crainte est successivement la « stupéfaction » devant un évènement extraordinaire (l’abondance miraculeuse de la pêche), une crainte religieuse, le sentiment de sa propre impureté devant Dieu, l’émerveillement devant la grandeur de celui-ci, la conscience et la reconnaissance de sa majesté : « éloigne-toi de moi, Seigneur, je suis pécheur ! ». Elle précède immédiatement la confiance et l’assurance qui viennent de Dieu. C’est pourquoi Celui-ci dit à Simon : « n’aie pas peur », ou « ne crains pas ». La peur est une maladie de l’âme que les animaux eux-mêmes éprouvent – principalement peur de la mort et de la souffrance, elle est liée au péché. La crainte est autre ; elle est liée à la connaissance. De plus, l’être humain, associé à l’œuvre de Dieu par la foi qu’il met en lui, voit ses propres limites élargies par le Seigneur lui-même ; familier de Dieu, il ne le craint plus. Mais le premier degré de la conscience et de la sagesse consiste dans la crainte de déplaire à Dieu : celle-ci naît de la connaissance de sa volonté par les commandements.